Né dans le Sud de l’Algérie, Boughera El Ouafi traverse la Méditerranée pour prendre part à la Première Guerre mondiale. Après celle-ci, il décide de s’engager dans l’armée française. Un jeune lieutenant, ayant remarqué ses talents d’athlète, lui offre la possibilité de participer en 1923 à une première course de fond au cours de laquelle il s’illustre. Très vite, il enchaîne les épreuves et devient champion de France en 1924, avant d’échouer aux Jeux olympiques de Paris la même année.

 

Après la fin de son engagement dans l’armée, sans ressources, Boughéra El Ouafi décide de travailler comme manœuvre chez Renault, sur les chaînes de montage des usines de Billancourt, aux côtés de centaines de travailleurs maghrébins. Inscrit au club du CO Billancourt, il continue à courir 15 km par jour et à participer à plusieurs courses. Rêvant de l’or olympique, il est tout d’abord sacré champion de France au marathon en 1927 et empoche par la même occasion sa sélection pour les Jeux olympiques d’Amsterdam. Au cœur de l’été 1928, sur la ligne de départ du marathon olympique, un athlète maghrébin sur lequel personne ne mise porte le dossard 71 frappé du coq bleu blanc rouge. Il représente la France. Au 10e km, il n’est qu’en 20e position. Mais au 32e, il remonte et arrive alors à la 3e place. Puis, à 5 km de l’arrivée, il double l’Américain Joie Ray et le Japonais Kanematsu Yamada et parvient à la surprise générale à remporter le marathon. La foule acclame celui qui porte fièrement le maillot français.

 

Si Boughéra El Ouafi s’est imposé ce 5 août 1928 comme l’un des plus grands champions olympiques de sa discipline, il connaît une triste fin. Radié à vie par la Fédération française d’athlétisme pour avoir voulu monnayer ses talents aux États-Unis, il sombre peu à peu dans la misère. La notoriété du « petit  Arabe » qui a porté haut les couleurs de la France n’a pas dépassé le temps de l’olympiade de 1928. Le 18 octobre 1959, dans un café de Saint-Denis, en pleine guerre d’Algérie, l’ancien coureur de fond franco-algérien Boughéra El Ouafi est tué par balle lors d’un règlement de compte entre militants du MNA et du FLN. À cette époque, son nom était tombé dans l’oubli, sauf pour son ami Alain Mimoun qui avait tenu à saluer son glorieux prédécesseur lors de sa victoire au marathon des Jeux olympiques de Melbourne en 1956.

 

  • Livre : Ahmed Bouguera El Ouafi de l'Olympe à l'oubli, de Patrick Pierquet, L'Humanité, 4, 1995.

 

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Boughéra El OUAFI
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(1898-1959)
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Nos champions
Raconté par
Lilian Thuram

Né en 1972 à Pointe-à-Pitre, il devient un footballeur au destin glorieux, car il connaît la victoire lors de la coupe du monde en 1998 et lors du championnat d’Europe en 2000. Il est nommé chevalier de la Légion d’honneur en 1998. Il est alors considéré comme l’un des fiers représentants de la génération « black, blanc, beur ». Après une carrière de footballeur, il crée en 2008 la Fondation Lilian Thuram. Éducation contre le racisme et, en 2010, publie un livre Mes étoiles noires. De Lucy à Barack Obama.