Sports et diversités en France
Autres expos

L’omniprésence de l’immigration dans le sport (1980-1989)

« Serge Blanco, c’est le Pelé du rugby. »

Gérard Holtz, 2014

 

Dans les années 80, le sport connaît un âge d’or en France, et les responsables politiques veulent en faire un moyen d’intégration. Dans ce contexte émergent les opérations Prévention été, en 1982, premier dispositif utilisant le sport pour lutter contre les «violences urbaines» et comme « idéal pour la jeunesse » que l’on imagine en perte de repères. Fortement soutenus, mais aussi immédiatement critiqués comme une volonté de maîtriser les «populations immigrées» mais aussi pour leur efficacité problématique, ces programmes vont néanmoins se succéder tout au long de la décennie. Les sportifs de haut niveau, issus des immigrations ou des outre-mer, connaissent dans le même temps des destinées qui s’ancrent dans la mémoire collective. L’ensemble des Français sera marqué par l’image du tennisman franco-camerounais Yannick Noah, victorieux lors du tournoi de tennis de Roland-Garros en 1983 au moment de la mise à l’agenda public du «débat sur l’immigration». Les années 80 voient également émerger dans le championnat français de football, puis en équipe nationale, une génération héritière de l’immigration. Michel Platini, Jean Tigana, Alain Giresse ou encore Luis Fernandez et Manuel Amoros, tous petits-fi ls de migrants italiens, maliens ou espagnols. Seize joueurs issus de l’immigration composeront l’équipe de France de football gagnant l’Euro en 1984. La même année, aux Jeux olympiques de Los Angeles, l’équipe de France de football, avec le Malien José Touré, sera médaille d’or L’équipe de France de rugby n’est pas en reste et devient vice-championne du monde en 1987, en partie grâce au talent du Franco-Vénézuélien Serge Blanco. Les équipes féminines nationales commencent à se faire remarquer, comme l’équipe de France de volley-ball, qui se qualifie cinq fois de suite aux championnats d’Europe tandis que le handball, très représenté en France (cent soixante mille licenciés), ne parvient pas encore à s’imposer dans les grandes compétitions. La surmédiatisation du sport s’intensifie au cours de cette même décennie, à l’image de l’athlétisme où s’affirment la Guadeloupéenne Marie-José Pérec et le Martiniquais Stéphane Caristan, ainsi que le perchiste pied-noir Patrick Abada ou le Marocain Joseph Mahmoud au 3000 mètres steeple. Dans un tout autre registre, un fils de l’immigration arménienne, Alain Prost, gagne trois titres de champion de monde de Formule1. Dans des sports moins médiatisés que la F1, la France se fait connaître grâce à des compétiteurs issus des immigrations européennes, comme les deux Allemandes Margit-Otto Crépin, cavalière qui gagne la coupe du monde d’équitation en 1989, et Christine Gossé, rameuse d’aviron. À la fin de la décennie, avec quarante-cinq médailles d’or, la France arrive cinquième aux Jeux paralympiques en 1988, à Séoul, qui pour la première fois se déroulent dans la même ville que les Jeux olympiques.

© CIO
© CIO

Jeux olympiques de Los Angeles, affiche officielle, 1984.

press to zoom
© Arnaud Carel
© Arnaud Carel

Le coureur automobile Alain Prost sur le circuit de Nevers Magny-Cours, photographie d’Arnaud Carel, 1989.

press to zoom
© Frédérick Pochat/Presse Sports
© Frédérick Pochat/Presse Sports

Le Franco-Camerounais Yannick Noah face à Mats Wilander lors du tournoi de Roland-Garros [Paris], photographie de Frédérick Pochat, 1983.

press to zoom
© CIO
© CIO

Jeux olympiques de Los Angeles, affiche officielle, 1984.

press to zoom
1/3

Focus évènement

 

Le tournoi de tennis de Roland-Garros 1983

Cette année-là, le tournoi de tennis est complètement dominé par le fils du footballeur camerounais Zacharie Noah, Yannick Noah, tennisman dont le talent s’exprime le mieux sur la terre battue. Après une longue préparation, il enchaîne les victoires pour battre Mats Wilander en fi nale le 5 juin 1983. Le journal L’Équipe titre alors : « Une étoile est née ! » La célébration en «héros national» d’un joueur métis, arborant dreadlocks et couleurs de son pays d’origine aux poignets, surpasse pour un moment les sentiments xénophobes, tandis que la Marche dite «des Beurs» continue sa lente ascension jusqu’à Paris à la fin de l’année, débouchant l’année suivante sur la création de SOS Racisme.