Sports et diversités en France
Autres expos

La décennie des mutations sportives (1901-1913)

«  Jamais athlète ne fut détaillé avec plus scrupuleuse minutie que Major Taylor »

La Vie au grand air, 1901

 

Au tout début du XXe siècle, la gymnastique est le sport roi en France. C’est désormais un moyen d’éducation, une vitrine du dynamisme corporel national et un moyen de préparer les citoyens à la guerre qui s’annonce avec l’Allemagne. C’est d’Angleterre que la pratique des autres sports se di usera vers les pays industrialisés et notamment aux États-Unis et au Japon, et la France va adopter ce « modèle », qui va connaître un succès croissant. Le destin du rugbyman américain Allan Henry Muhr, incarne alors les nouvelles immigrations présentes en équipes nationales, à l’image également de Maurice Garin d’origine italienne et ramoneur de profession, qui sera le premier vainqueur du Tour de France en 1903. Ils sont vite rejoints par d’autres immigrants qui, eux, s’orientent alors vers le football, tels que le Belge Jean Degouve, les frères Romano, originaires de Suisse, et les frères italiens Georges et Charles Géromini qui joueront tous en équipe nationale. Ils sont précédés, dès 1908, par le Franco-Belge Maurice Vandendriessche, premier joueur d’origine étrangère à intégrer l’équipe de France de football. Dans ce contexte, des personnalités émergent: le cycliste sur piste afroaméricain Major Taylor ou encore le skipper Hermann Barrelet, d’origine suisse, seul Français, encore aujourd’hui, à avoir remporté un titre olympique en ski (aviron). En boxe, les grandes stars afro-américaines débarquent en France et suivent la démarche de Major Taylor pour fuir la ségrégation étasunienne, à l’image du « Géant de Galveston », Jack Johnson, mais aussi de Sam Langford d’origine canadienne, et des Américains Jim Johnson, Bob Armstrong et Joe Jeannette. Ils s’imposent comme des figures populaires, et incitent des boxeurs africains et sud-américains à débarquer en métropole, à l’image de Battling Siki. Aux Jeux olympiques de 1908, organisés à Londres, de nombreux étrangers naturalisés représentent désormais la France —nation qui était absente des Jeux olympiques de Saint Louis en 1904—, tels que l’Anglo-Français Émile Thubron en voile, le pied-noir algérien Louis Ségura en gymnastique (qui sera de nouveau présent aux Jeux olympiques en 1912), ou le Franco-Suisse Raoul de Boigne au tir. À leurs côtés, John Taylor est le premier Afro-Américain à remporter l’or en relais. Aux jeux suivants, en 1912 — auxquels le Japon est invité à participer en tant que premier pays asiatique — Albert Canet, d’origine britannique, gagne pour la France, deux médailles de bronze au tennis. La France commence à voir de nombreux naturalisés issus de l’immigration européenne, américaine et coloniale remporter des médailles, s’engager dans des équipes françaises ou venir en France pour fuir l’Amérique ségrégationniste ou la situation coloniale, lorsque la guerre éclate.

 

© DocAnciens/docpix.fr
© DocAnciens/docpix.fr

Le Franco-Haïtien Constantin Henriquez de Zubiera dans son équipe au collège Albert Le Grand [Bordeaux], photographie, 1901.

© Saint Louis Public Library
© Saint Louis Public Library

Journée des Jeux anthropologiques lors de l’Exposition de Saint Louis [États-Unis], photographie, 1904.

© BNF
© BNF

Albert Canet lors du Tournoi de Pâques au Tennis club de Paris, photographie de l’Agence Rol, 1913. © BNF

© DocAnciens/docpix.fr
© DocAnciens/docpix.fr

Le Franco-Haïtien Constantin Henriquez de Zubiera dans son équipe au collège Albert Le Grand [Bordeaux], photographie, 1901.

1/3

Focus évènement

 

Les Jeux olympiques à Saint-Louis

En 1904, les Jeux olympiques sont organisés à Saint Louis, dans le Missouri. Ils s’y déroulent, comme à Paris quatre ans plus tôt, en même temps que l’Exposition universelle. En raison de l’importance d’un tel voyage et de son coût, la France n’envoie aucun athlète. L’Exposition universelle et les Jeux olympiques sont alors étroitement liés, et certains anthropologues décident d’imaginer des Jeux anthropologiques en recrutant des «indigènes» exhibés dans les di érents pavillons coloniaux pour démontrer l’infériorité physique des «peuples non-Blancs». Pendant plusieurs jours, auront lieu des épreuves humiliantes, acclamées par un public important.