Sports et diversités en France
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Autour de la Grande Guerre (1914-1922)

« Pour la première fois, des jeunes filles ont joué au football. »

L’Auto, 2 octobre 1917

En juillet 1914, la guerre est déclarée. Celle-ci a des conséquences immédiates sur le sport tant au niveau du déroulement des compétitions internationales (annulation du Tour de France et des Jeux olympiques par exemple) que de l’engagement des sportifs dans le conflit. Au cours de l’été 1914, les colonies sont appelées à fournir en hommes l’armée française, et de nombreux étrangers, comme les Arméniens ou des naturalisés récents, s’engagent. Le futur champion de boxe Battling Siki, mettant entre parenthèses sa carrière commencée à Marseille à la veille du conflit, s’engage lui aussi et sera décoré de la croix de guerre. D’autres, comme le grand coureur cycliste luxembourgeois François Faber, gagnant du Tour de France 1909, rejoignent la Légion étrangère. Signe qu’il faut remonter le moral des Français après trois ans de conflit, la coupe de France de football est créée en 1917, constituant une étape majeure vers le développement professionnel du football, et sera finalement entérinée en 1932. Tout au long de ces années, le sport prend dans les tranchées une importance certaine, comme mode de distraction des recrues mais aussi par l’engouement populaire qu’il suscite: l’exploit et la compétition s’affichent comme des vertus républicaines. Après-guerre, la politique s’empare tout naturellement du sport, et les Jeux inter-alliés de 1919 se font sans les pays vaincus… Si le racisme est présent en France et la xénophobie omniprésente au lendemain de la guerre — et ce malgré le sacrifice des coloniaux et des étrangers—, les Français encouragent les athlètes d’origine étrangère ou issus des colonies, comme le gymnaste algérien Marco Torrès. Paradoxe du temps mais aussi volonté de rassembler ses forces pour s’affirmer dans le jeu de la concurrence entre nations! En football, l’Écossais Victor Gibson passe plus de vingt ans de sa vie en France, à la fois joueur, entraîneur et gestionnaire du légendaire Football Club de Sète. La reconstruction du pays nécessitant de la main-d’oeuvre, une nouvelle vague d’immigration provenant d’Europe et du Maghreb arrive en France. C’est le cas de nombreux Polonais, comme les grands-parents paternels de Raymond Kopa ou encore des grands-parents piémontais de Michel Platini, deux figures mythiques du football des trente glorieuses naissantes ou finissantes, toutes deux issues de l’immigration. À l’aube des années 20, dans le Nord de la France, autour de Marseille ou de Lyon, et dans l’Est de l’Hexagone, sur ces terres d’immigration, des milliers de migrants pratiquent des sports collectifs comme le football, ou des disciplines individuelles telles que le cyclisme, la boxe ou l’athlétisme, alors que les colonisés accèdent peu à peu aux pratiques sportives dans l’empire colonial.

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Tommies [soldats de l’Armée britannique] jouant au football avec des masques à gaz [Front de France], photographie de presse, 1916.

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Les Jeux inter-alliés, Stade Pershing, 22 juin-6 juillet [Paris], affiche signée J. H. Dulin, 1919.

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Match de rugby féminin près de Gentilly, photographie, 1922.

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Tommies [soldats de l’Armée britannique] jouant au football avec des masques à gaz [Front de France], photographie de presse, 1916.

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Focus évènement

 

Les Jeux interalliés à Paris

Depuis le débarquement des troupes américaines, les autorités militaires aidées de la Young Men’s Christian Association s’efforcent d’apporter un réconfort moral aux soldats de l’US Army grâce au sport. En 1919, les dirigeants de la YMCA proposent d’organiser des Jeux interalliés et financent la construction du stade Pershing dans le bois de Vincennes. Les compétitions sportives, avec mille quatre cents participants, deviennent en fait le théâtre d’un affrontement symbolique et parfois violent entre Américains, Anglais et Français. Le match de rugby, par exemple, dont la sélection française est menée par l’Américain Allan Henry Muhr aurait été, selon un observateur, «ce que l’on peut faire de mieux sans couteaux et sans revolvers». Lors de ces Jeux, s’organise le premier grand événement de basket-ball en France, sport émergent dans le pays, et les Français arrivent en seconde position, derrière les Américains.