Sports et diversités en France
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Les précurseurs des années 20 (1923-1929)

« Enfin une victoire française ! C’est… ô ironie !... celle de l’Arabe El-Ouafi dans le marathon. »

L’Humanité, 1928

 

Les années 20 sont d’une importance capitale pour les relations entre la métropole et les colonies françaises, en particulier le Maghreb d’où proviennent les premiers flux migratoires, principalement autour de Marseille, Lyon et Paris mais aussi dans les mines du Nord et les centres industriels de l’Est de la France. Par exemple, les Algériens Boughéra El Ouafi et Ali Benouna poursuivent en France leur carrière respective de marathonien et de footballeur, tandis que le pied-noir algérien Pierre Chesneau est sélectionné en équipe de France de football au milieu de la décennie. Pourtant, le racisme et la xénophobie restent omniprésents, Battling Siki est ainsi surnommé « Championzé » à une période où les expositions coloniales — Marseille en 1922, Strasbourg en 1924 (cette même année, se dérouleront aussi les Jeux olympiques à Paris) ou l’Exposition coloniale de Paris en 1931 — mettent en scène des populations coloniales asservies, tout en valorisant les « qualités athlétiques et corporelles » des Africains. Durant cette décennie, le sport devient spectacle, les Français commencent à se déplacer en masse dans les stades, et notamment pour supporter l’équipe nationale de football composée de nombreux joueurs venant des pays européens, tels le Roumain Joseph Kaucsar. Les clubs nationaux font désormais aussi appel à des footballeurs venant du Maghreb, comme l’Algérien Abdelkader Ben Bouali, mais aussi d’Europe centrale, tels que le Yougoslave Yvan Beck, ou d’Amérique du Sud avec André Chardar. On voit arriver les premiers joueurs espagnols comme Manuel Anatol, mais aussi la grande star de l’époque qu’est Larbi Ben Barek, d’origine marocaine, et qui est recruté en 1938 par l’Olympique de Marseille avant de rejoindre l’équipe de France. Dans les sports individuels, de nouveaux champions, tels que le cycliste Henri Pélissier, deviennent des figures populaires, et quelques rares femmes, notamment la tenniswoman Suzanne Lenglen, marquent également les esprits, dans un univers toujours très masculin, malgré les timides avancées du comité international olympique, qui ouvre progressivement les disciplines aux femmes (en 1924, l’escrime et, en 1928, l’athlétisme et la gymnastique). De 1919 à 1939, le nombre de membres de clubs, tous sports confondus, passe de un à quatre millions en France, transformant une pratique d’élite en un engagement populaire. Parallèlement aux fédérations nationales, comme la Fédération française de lawn-tennis (ancêtre du tennis), créée en 1920, les associations sportives fleurissent un peu partout en France et dans les colonies et sont un moyen d’intégration: la Société de gymnastique polonaise de Metz, ou encore le Football Juventus Club Italia à Hayange en sont de bons exemples, permettant ainsi de garder un lien communautaire avec les pays d’origine.

© Nationaal Archief
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Le Franco-Algérien Boughéra El Ouafi lors des Jeux olympiques d’Amsterdam, photographie, 1928. © Nationaal Archief/Collection Spaarnestad/Het Leven/Photographer unknown

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© DocAnciens/docpix.fr
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Jeux olympiques [Paris], affiche signée Jean Droit, 1924.

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© Kharbine Tapabor
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« Le football féminin », une de presse in Le Petit Journal, 1923.

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Le Franco-Algérien Boughéra El Ouafi lors des Jeux olympiques d’Amsterdam, photographie, 1928. © Nationaal Archief/Collection Spaarnestad/Het Leven/Photographer unknown

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Focus évènement

 

Les Jeux Olympiques à Paris

Si les Jeux olympiques en 1924 à Paris sont moins grandioses que ne l’avait espéré Pierre de Coubertin, ils expriment pourtant les prémices du sport élevé au rang de spectacle et obtiennent un véritable succès populaire grâce, notamment, à un cérémonial bien rôdé et à des nouveautés technologiques comme les haut-parleurs dans le stade ou la piscine moderne des Tourelles. La délégation française, composée pour la première fois de plusieurs athlètes africains comme le marathonien Boughéra El Ouafi , se hisse à la deuxième place du tableau des médailles grâce au cyclisme et à l’escrime, devant la Finlande représentée par le coureur Paavo Nurmi, cinq fois médaillé d’or. Les États-Unis, grands champions de ces Jeux, remportent le tournoi de rugby, au grand dam des Français, et s’illustrent grâce au fameux nageur Johnny Weissmuller, future star d’Hollywood dans le rôle de Tarzan.