Sports et diversités en France
Autres expos

Nouvelles immigrations et potentiel impérial (1930-1939)

« Al Brown a les mains d’un pianiste, mais quand il frappe,

il plaque des accords parfaits. »

Voilà, 1936

 

Dans les années 30, les Jeux olympiques à Berlin en 1936, le championnat d’Europe d’athlétisme masculin à Paris et le championnat d’Europe d’athlétisme féminin à Vienne en 1938 — à l’acmé des tensions géopolitiques précédant à la Seconde Guerre mondiale — sont représentatifs de la montée des nationalismes. L’utopie du sport comme vecteur de paix « rassemblant les peuples » a laissé place à la compétition internationale; les rivalités entre nations s’exacerbent. A contrario, l’obtention d’un quart des médailles américaines par les sportifs afro-américains en 1936 à Berlin, fait prendre conscience aux autorités sportives françaises que, dans leur empire colonial, elles disposent, elles aussi, d’un important potentiel de sportifs capables — selon de nombreux analystes dont ceux du journal populaire Le Miroir et du journal sportif L’Auto — de « réveiller » le sport national. Très vite, les Maghrébins et les « pieds-noirs » viennent concourir en France dans le sillage de Boughéra El Ouafi , rejoignant les Américains ou Sud-Américains, guidés par le parcours de Panama Al Brown. Dans le même temps, de nombreux footballeurs européens sont naturalisés et viennent soutenir l’équipe nationale et le championnat, comme les Polonais Ignacy Kowalczyk et Cesar Povolny, l’Allemand Willy Lieb, le Luxembourgeois Julien Darui, et le Franco-Suisse Roger Courtois. Les «pieds-noirs» vont très vite jouer les premiers rôles dans le championnat de football ou en équipe nationale, avec Ernest Libérati, Alexandre Villaplane (le capitaine de la première coupe du monde 1930) ou Joseph Alcazar, tous les trois nés en Algérie. Au même moment, le Tunisien Victor Young Perez en boxe et le Guyanais Raoul Diagne, premier joueur noir à être sélectionné en équipe de France de football en 1931, s’imposent comme des figures populaires et médiatiques auprès des Français. Enfin, juste avant la guerre et pour fuir la montée des nationalistes suite à l’Anschluss, des sportifs austro-hongrois, comme les footballeurs Dezso Koranyi ou Gustav Jordan, arrivent en France. La prise de conscience des autorités sportives françaises n’est visible que pour le football et la boxe, sports populaires, tandis que d’autres disciplines, telles le tennis, l’équitation, les sports mécaniques, le rugby, l’athlétisme ou le basket-ball (sport encore jeune en France, puisque la Fédération française de basket-ball n’est créée qu’en 1932), encore réservées à une élite, profitent beaucoup moins de ce renouveau lié aux différents flux migratoires, aux vagues de réfugiés ou aux ultramarins. Malgré le début de l’émancipation des femmes au cours de l’entre-deux-guerres, leur place dans le sport évolue peu, comme en politique où le droit de vote n’est toujours pas d’actualité.

© Coll. Luc Vollard/DR
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L’athlète ch’ti’ Prudent Joye au 400 mètres haies lors des Championnats du monde d’athlétisme masculin [Paris], photographie, 1938.

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© Comité International Olympique
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Cérémonie d’ouverture lors des Jeux olympiques de Los Angeles, photographie offi cielle, 1932. © Comité International Olympique (CIO)

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© ACHAC
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« Sourire de champions », une de presse in Match L’Intran, 1932. © Collection Groupe de recherche ACHAC

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L’athlète ch’ti’ Prudent Joye au 400 mètres haies lors des Championnats du monde d’athlétisme masculin [Paris], photographie, 1938.

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Focus évènement

 

Le championnat d’Europe d’athlétisme à Paris en 1938

Le championnat d’Europe d’athlétisme voit le jour en 1934, organisé par l’Association européenne d’athlétisme. Alors que la situation politique se dégrade, la France accueille la seconde édition masculine à Paris, au stade olympique Yves-du-Manoir, début septembre 1938. La nation gagnante est le IIIe Reich allemand, qui remporte haut la main le championnat avec trente-deux médailles, devançant de loin la Finlande. La France, elle, se hisse diffcilement à la huitième place, grâce aux performances de Prudent Joye et de Jacques Lévêque. Les analystes sont unanimes : la France va devoir repenser sa politique sportive.