Sports et diversités en France
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Le renouvellement migratoire des années 50 (1950-1957)

« Halimi, Mimoun… C’est, que l’on veuille ou non, une histoire française. »

Antoine Blondin, 1964

 

Dans le contexte de la Guerre froide et des décolonisations des années 50-60, le nationalisme sportif est de nouveau exacerbé et les nouvelles générations migratoires en France renouvellent le recrutement dans le sport de haut niveau : migrants et secondes générations polonaise, espagnole, italienne, d’Europe de l’Est et arménienne; nouvelles immigrations d’Algérie et du Maroc; émergence de sportifs en provenance d’Amérique du Sud et d’Afrique subsaharienne. Désormais, les Jeux olympiques et les grands événements sportifs contribuent à la fois à la mondialisation des sports, mais permettent aussi d’armer des appartenances identitaires, nationales ou de soutenir des revendications nationalistes, à l’image de l’équipe de football du FLN en 1958, en pleine guerre d’Algérie. Aux Jeux olympiques de 1956, à Melbourne, la France ne récolte que huit médailles, dont une remportée par Jean Graczyk, cycliste d’origine polonaise. Elle peine à valoriser son « potentiel impérial » ou ultramarin, mais aussi à faire émerger les enfants issus des immigrations intereuropéennes, à l’exception des migrations les plus anciennes —originaires de Suisse, de Belgique et d’une partie d’Europe centrale. Exceptions notables de ces années charnière: l’incroyable popularité d’Alain Mimoun ou celle du cycliste Abdel-Kader Zaaf dont la presse note l’absence lors du cinquantième anniversaire du Tour de France en 1953. De fait, cet après-guerre est caractérisé par les relations conflictuelles de la France avec ses colonies ou ses départements d’outre-mer. La stigmatisation des joueurs noirs — victimes de stéréotypes ancrés sur leur « insouciance », leur « paresse » ou encore leur «intelligence primitive» — est encore courante dans les revues et magazines, tels que Sport Sélection, dénonçant dans les années 50 la présence trop importante de joueurs étrangers en France.

Face à la xénophobie de ces années de décolonisations, s’affirmer est beaucoup plus compliqué pour les sportifs afro-antillais ou maghrébins tels que le footballeur martiniquais Xercès Louis ou l’athlète sénégalais Papa Gallo Thiam. Les immigrés européens — comme le cycliste Roger Walkowiak, d’origine polonaise, qui gagne le Tour de France en 1956 — sont désormais moins visés. L’alpiniste Maurice Herzog est ainsi reconnu par les Français. Ancien résistant d’origine suisse, il vaince l’Annapurna, la première montagne de plus de huit mille mètres jamais gravie par l’homme. Le boxeur Alphonse Halimi, français et juif de Constantine, devient champion du monde en 1957 au Vél’ d’Hiv’ à Paris; il est, lui aussi, adulé des Français et du public maghrébin présent en France. Malgré de rares exceptions comme la nageuse algérienne Héda Frost, qui établit un nouveau record de France du 400 mètres nage libre en 1955, les femmes s’affirment encore trop peu dans les disciplines sportives.

© CIO
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Quinzième Jeux olympiques. Helsinki, Finlande. 19 juillet-3 août, affiche signée I Sysimetsâ, 1952.

© Presse Sports/L’Equipe
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Le cycliste issu de l’immigration polonaise, Roger Walkowiak, lors de sa victoire au Tour de France [Paris] photographie de presse, 1956.

© Presse Sports/L’Equipe
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L’Algérien Abdel-Kader Zaaf, lors de la treizième étape du Tour de France, enivré et épuisé par la chaleur, photographie de presse, 1950.

© CIO
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Quinzième Jeux olympiques. Helsinki, Finlande. 19 juillet-3 août, affiche signée I Sysimetsâ, 1952.

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Focus évènement

 

Le Tour de France 1953

Le Tour de France fête, en 1953, le cinquantenaire de cette course très populaire. Encore courue par équipe nationale, c’est le Français Louison Bobet qui gagne le Tour, pour sa sixième participation. Parmi les dix coureurs de l’équipe française, trois sont des Italiens naturalisés français: Adolphe Deledda, Jean Dotto, Nello Lauredi. La France peut envoyer plusieurs équipes, notamment l’équipe nord-africaine. Pour la première fois depuis trois ans, l’Algérien de nationalité française Abdel-Kader Zaaf n’en fait pas partie, lui qui est entré dans l’histoire du Tour en 1950 après un abandon demeuré dans la légende. D’après celle-ci, s’écroulant épuisé, des spectateurs tentent de le secourir, mais il est enivré par les vapeurs d’alcool, il arrive hors temps à l’étape et sera éliminé.