Sports et diversités en France
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Fracture et succès des années 60 (1958-1969)

« Sans renier mes origines polonaises, je me dis que je dois tout à la France. Je joue pour elle. »

Raymond Kopa, 2006

 

La fin des années 50 et le début des années 60 sont marquées par la guerre d’Algérie, qui a des conséquences directes sur les sportifs algériens évoluant en France, et par l’affirmation de deux immigrations majeures dans l’univers du sport français: les Italiens et les Polonais. En 1958, vingt-neuf joueurs de football algériens (dont Rachid Mekhloufi , Mustapha Zitouni, Abdelazziz Ben Tifour, Amar Rouaï, Kaddour Bekhloufi ...), évoluant dans le championnat français et, pour certains, dans l’équipe de France de Raymond Kopa et Roger Piantoni, rejoignent Tunis pour fonder l’équipe du FLN (Front de libération nationale). Le Mondial de 1958 ne sera pas celui de la victoire pour la France. Une autre déception attend les Français avec les Jeux olympiques en 1960, où le Sénégalais Abdoulaye Seye gagne néanmoins le bronze pour la France au 200 mètres et où le coureur Michel Jazy, de parents polonais, s’affirme avec brio. Il faudra attendre 1968 et les Jeux olympiques d’hiver à Grenoble pour voir le sport français se réveiller. Les jeux doivent être à l’image de la France et de sa modernité industrielle. Le skieur Jean-Claude Killy survole la compétition en étant triple médaillé d’or tandis que Marielle Goitschel est médaille d’or à l’épreuve du slalom. Ils sont tous les deux d’origine suisse par leur père. En football, malgré l’arrivée dans l’équipe nationale du Béninois Lucien Cossou et des Martiniquais Paul Chillan et Daniel Charles-Alfred ou de l’Argentin Nestor Combin, la France ne parvient pas à se qualifi er pour la coupe du monde en 1962 et 1966… En cyclisme, les années 60 voient la domination sans partage d’une autre star, Jacques Anquetil, devant le populaire Raymond Poulidor tandis que Jean Stablewski d’origine polonaise devient champion du monde sur route en 1962. En 1968, les Jeux olympiques à Mexico concluent une décennie où le sport est devenu un enjeu mondial, dont le pouvoir d’affirmation et d’interpellation politique est décuplé, à l’image du soutien aux Black Panthers, par exemple, mouvement défendu par une partie des sportifs africains ou issus des Antilles, comme Roger Bambuck, coureur du 100 et du 200 mètres aux Jeux olympiques de Mexico. Parallèlement à ce processus de médiatisation du sport de haut niveau, la pratique du sport s’est largement démocratisée et ouverte aux porteurs de handicap, à l’image de la Fédération sportive des handicapés de France prenant, en 1963, la suite de l’Association des mutilés de France. Certains sports élargissent leur audience, comme le football et l’athlétisme dont Alain Mimoun, d’origine algérienne, reste le sportif emblématique, tandis que d’autres s’ouvrent lentement aux femmes, comme le volley-ball, qui devient une discipline olympique féminine en 1964.

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Le premier saut de l’Afro-Américain Bob Beamon en finale des Jeux olympiques [Mexico], photographie, 1968.

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© Asso des Amis de Jean Stablewski
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Jean Stablewski, issu de l’immigration polonaise, pendant le Tour de France, photographie, c. 1960. © Association des Amis de Jean Stablewski

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Le podium du 200 mètres masculin lors des Jeux olympiques de Mexico. Les Afro-Américains Tommie Smith et John Carlos font le signe du « Black Power », photographie, 1968.

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Le premier saut de l’Afro-Américain Bob Beamon en finale des Jeux olympiques [Mexico], photographie, 1968.

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Focus évènement

 

Les Jeux olympiques à Mexico

Les poings levés gantés de noir des coureurs Tommie Smith et John Carlos sur le podium du 200 mètres à Mexico en 1968 restent une des plus célèbres images de sport du XXe siècle. Le Guadeloupéen Roger Bambuck, tout droit sorti de l’Institut national des sports (ancêtre de l’INSEP), participe à cette course et soutient les athlètes afro-américains dans leur démarche militante. Le geste des deux Américains est imité deux jours plus tard par trois compatriotes vainqueurs du 400 mètres. Dans le village olympique, de nombreux sportifs soutiennent leur cause en portant le badge «Mouvement olympique pour les droits humains», comme l’Australien Peter Norman. Bob Beamon saute ses fameux 8,90mètres en portant des chaussettes noires, tandis que la sprinteuse Wyoma Tyus offre ses deux médailles d’or à Smith et Carlos, qui sont exclus à vie des Jeux olympiques par le CIO. L’année 1968 est révolutionnaire, dans les rues mais aussi dans les stades.