Le 15 janvier 2001 à Paris, près d’un demi-siècle après avoir fait ses adieux à la piste, un grand champion s’éteint. Papa Gallo Thiam est l’un des pionniers du sport africain, par ses performances et par sa présence répétée à la présidence de la Fédération sénégalaise d’athlétisme. Il naît le 24 janvier 1930 dans une famille d’entrepreneurs dakarois, dont il prendra la relève à la fin de ses études d’ingénieur. Il s’illustre d’abord localement, dans les compétitions scolaires. En 1947, il franchit 1,73 m et établit ainsi un nouveau record d’Afrique-Occidentale française. L’année suivante, il améliore sa marque de 20 centimètres, en réalisant 1,93 mètres lors des championnats de France juniors. Cette performance de très haut niveau attire l’attention des instances sportives, qui l’enjoignent à s’installer en métropole.

 

Cependant, il est écarté de la sélection pour les Jeux olympiques de Londres de 1948 pour d’obscures raisons de « jeunesse ». Hors stade, l’attitude de Papa Gallo Thiam est jugée « subversive ». Dans cette période d’émergence des nationalismes africains, ses activités militantes au sein des mouvements estudiantins africains et communistes pèsent sur sa carrière. Au moment de constituer les sélections pour les Jeux olympiques de Melbourne en 1956, les instances sportives ignorent le triple champion de France. Cet évènement précipitera la fin de sa carrière.

 

Athlète à la technique singulière, il avait établi un record national en 1949. Le 22 juillet 1950, au stade Jean Bouin de Paris, il remporte la finale des championnats de France, couronnement d’une saison exceptionnelle qui voit le longiligne franco-sénégalais devenir le premier francophone à franchir la barre mythique des deux mètres. Culminant à 2,03 m, sur le plan sportif, Papa Gallo Thiam se sent intouchable. Son record de France tiendra six années. Et pour le journal L’Équipe, qui l’a tant brocardé, il est désormais « le champion des champions ». Il était temps, car cet homme d’engagement était l’un des plus grands sportifs africains et français de sa génération.

 

  • Livre : Le sport en noir et blanc : Du sport colonial au sport africain dans les anciens territoires français d'Afrique occidentale (1920-1965), de Bernadette Deville-Danthu, L'Harmattan, 2000.

 

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Papa Galo Thiam © Luc Vollard
(1930-2001)
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Nos champions
Raconté par
Rachida Brakni

Née en 1977 à Paris, Rachida Brakni étudie au Studio-Théâtre d’Asnières puis au Conservatoire national d’Art dramatique. Révélée en 2005 par le film Chaos de Coline Serreau, où elle joue face à Vincent Lindon, elle continue son parcours d’actrice exigeante et devient une ambassadrice de L’Oréal. Depuis, on a pu la voir dans des rôles très différents comme Neuilly sa mère ! de Gabriel Julien-Laferrière ou Les bureaux de Dieu de Claire Simon.